MANIFESTE

18/09/2019

La Seine, entité vivante inaliénable, doit être remise d’urgence au cœur de la Métropole du Grand Paris

 

Notre association, La Seine n’est pas à vendre, s’est donné comme objectif de contribuer à l’élaboration d’une vision respectueuse et dynamique du fleuve et de ses affluents, à Paris, dans la métropole parisienne et dans l’ensemble de sa vallée. Elle s’est définie lors de sa création, en juin 2018, à la fois comme lanceur d’alerte, force de propositions, rassembleur d’idées et de projets.

Contactez-nous, rejoignez-nous, et envoyez-nous votre accord pour signer ce manifeste.

 

Constatant l’absence de vision politique sur le fleuve et son écosystème hydrique et paysagé, au profit de projets d’urbanisme ponctuels dictés ces dernières années par les logiques à court terme d’investissement et de valorisation foncière, nous dénonçons le risque d’une dynamique de prédation qui profite de l’attractivité de la Seine pour aménager ses rives au détriment de toute réflexion sur l’écosystème, le grand paysage et la profondeur des rives, la mobilité et le fret fluvial. 

Hormis les notions de trames vertes et bleues - auxquelles il faudrait ajouter la trame blanche des couloirs de ventilation jusqu’ici oubliés -, la Seine et ses affluents, ainsi que les canaux, sont quasiment absents du projet métropolitain. Ils ne sont pris en compte que ville par ville, plus rarement à l’échelle d’un établissement public territorial.  Il est vrai que la gouvernance du grand territoire métropolitain relève d’un mille-feuilles institutionnel peu lisible, entre Région, Métropole, Départements (dont Paris), Établissements publics territoriaux et communes dont 170 sont riveraines de la Seine en Île-de-France. 

Face à ce constat, nous appelons à construire d’urgence une vision partagée de la Vallée de la Seine à l’échelle de la Région-Métropole, avec l’ensemble des acteurs institutionnels concernés mais aussi, et surtout, avec les citoyens et les associations. L’enjeu est d’adopter des principes soutenables d’aménagement au bénéfice des habitants et non de la spéculation foncière et du tourisme de masse, de préserver l’écosystème, de revaloriser les patrimoines matériels et immatériels, et d’identifier les capacités de production et les ressources propres du territoire. Pour atteindre ces objectifs, nous considérons indispensable de mobiliser les populations de l’ensemble des territoires concernés, et d’être réceptifs à leurs capacités créatives. 

 

En conséquence, nous demandons que tous les projets envisagés en bordure de Seine respectent les principes suivants :

  • Aborder le territoire du fleuve à l’échelle du grand paysage, dans la Métropole, voire dans l’ensemble de la vallée, avec des projets de requalification écologique, paysagère et d’usages, aussi bien dans les zones naturelles que dans les zones urbanisées denses.

  • Considérer l’écosystème fluvial comme un patrimoine commun inaliénable, prenant en compte le fleuve lui-même, son écrin végétal, ses rives et leur continuité, le cadre bâti de ses quais, les ouvertures et les respirations urbaines transversales, les perspectives. 

  • Lutter contre toutes les formes de pollution de l’air et de l’eau, pollution lumineuse et sonore, réguler la circulation touristique et les activités privatives le long des berges. 

  • Développer un droit à la rive pour tous les citoyens, avec la mise en place d’une démocratie délibérative vivante et d’un projet écologique et social du fleuve adapté à chaque contexte.

  • Assurer une continuité des modes doux de déplacement (vélo, marche) sur les deux rives des fleuves, affluents et canaux de la Métropole, y compris dans les zones portuaires.

  • Soutenir et encourager les pratiques sensibles et populaires, insuffler de l’imaginaire, valoriser le temps long du fleuve, répondre au désir de nature et d’eau, mais aussi encourager les modes informels d’appropriation du fleuve. En effet, nous contestons la légitimité de l’appropriation des rives du fleuve par les seuls acteurs économiques ou institutionnels.

  • Refuser de dédier exclusivement le site de la Seine et le centre de Paris au tourisme de masse, en faisant du Paris historique un parc d’attraction.

  • Réguler la navigation des marchandises et des passagers au profit d’une meilleure desserte pour les habitants et des circuits courts pour l’approvisionnement.

  • Améliorer la prévention et l’adaptation aux risques d’inondation et autres aléas naturels ou non - sécheresse, pluies et orages, pollution - qui concernent une importante portion de la population francilienne aujourd’hui mal informée.

  • Pour l’ensemble de ces points, développer une solidarité de fait entre la ville-centre et les territoires en amont et en aval. 

 

La récente reconquête piétonne d’une partie des berges parisiennes au profit des piétons et la perspective des JO-2024 ouvrent une nouvelle période de relations entre la Métropole et son fleuve, avec de nombreux projets, pour le meilleur ou pour le pire. 

 

Il est donc urgent de réunir les forces de tous ceux qui se mobilisent sur le sujet, développent une veille active, lancent des alertes, et font des propositions. 

 

 

La Seine n’est pas à vendre, Paris, le 18/09/2019 

 

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​TEXTE D’ORIENTATION 2019-2020 de LaSPAV
voté par l’AG à l’unanimité le 18 juin 2019

 

Téléchargez

ici le Texte d'orientation 2019-2020 de LsSPAV

et ici le rapport d'activité 2018 (AG du 18/06/2019)

  

 

 

LA SEINE AU CŒUR DES ENJEUX DE LA METROPOLE DU GRAND PARIS 

 

 

1. Une situation riche d’enjeux majeurs mais préoccupante 

 

La Seine et ses affluents forment au cœur de la Région parisienne un des éléments naturels les plus remarquables et structurants du territoire. La géographie de ce grand bassin hydrologique et l’histoire de son rôle dans la constitution de territoires qui portent son nom (Seine-et-Oise, Seine-Saint-Denis, Hauts-de-Seine, Val-de-Marne, etc.) les désigne comme espaces fédérateurs d’un récit métropolitain qui se cherche. Plus de 170 communes riveraines de la Seine en Île-de-France, une cinquantaine dans l’actuelle Métropole du Grand Paris (dont 10 arrondissements parisiens), 8 départements (plus Paris), toutes les collectivités sont concernées. 

 

1. Un écosystème hydrique riche mais fractionné

Avec la Seine, la Marne et l’Oise, le réseau des fleuves et des canaux de la région parisienne constitue un ensemble d’espaces publics écosystémiques du grand territoire porteur de réponses majeures aux défis posés par le réchauffement climatique et la transition écologique. 

 

2. Un fleuve, trait d’union des territoires mais trop souvent oublié

La Seine irrigue certes Paris ville capitale, mais Paris-Rouen-Le Havre a le potentiel d’« une seule grande ville dont la Seine est la grand rue » irriguant pour une part une vallée boisée, agricole et sauvage. Les fleuves relient rives et territoires. Excepté les notions de trames vertes et bleues du Schéma Directeur Régional d’Ile de France et du Schéma Régional de Cohérence Ecologique et la gestion des établissements publics portuaires et fluviaux (Haropa et Voies Navigables de France), dans la Métropole du grand Paris la Seine et ses affluents sont pris en compte de façon fragmentée, ville par ville, parfois mais trop rarement encore, à l’échelle d’un établissement public territorial (Plaine Commune). 

 

3. Une Métropole polymorphe qui ignore encore son Fleuve 

Depuis 15 ans la Métropole se cherche. Les limites administratives choisies pour sa mise en place le 1er janvier 2016 ne font pas l’unanimité. Etape intermédiaire sans doute nécessaire à une acceptation territoriale consensuelle plus large, son identité reste indéfinie. Entre Région, Métropole, Départements, Établissements publics territoriaux et communes, la gouvernance du grand territoire métropolitain est celle d’un empilement de responsabilités difficilement compréhensible au plus 

grand nombre. Qui peut définir clairement aujourd’hui ce qu’est le Grand Paris ? Cet éclatement explique en partie le fait que le fleuve et ses affluents sont encore absents du projet métropolitain, alors qu’il est urgent qu’ils trouvent la place qui leur revient. 

 

4. La ville-capitale a longtemps monopolisé l’attention qualitative sur le fleuve 

Dans Paris, la traversée de la Seine est tout à fait singulière au regard de celle des autres territoires : nombre de ponts, quais hauts de protection des crues plantés, dégagement des rives, réorganisation des ports sur les quais bas ont progressivement constitué un paysage urbain exceptionnel, dont plus de la moitié est classée au Patrimoine Mondial de l’Unesco. ‘’Fluctuat nec mergitur’’, la Seine est à la fois un élément naturel structurant de l’Île-de-France et la plus belle avenue de Paris. La récente reconquête piétonne d’une partie des berges au profit des piétons, et la perspective des JO-2024, ouvrent cependant une nouvelle période de relations entre Paris et son fleuve. Mais à Paris comme ailleurs, au risque d’une muséification touristique du site de la Seine et du centre de Paris, les réponses à ces nouveaux enjeux à définir collectivement imposent une vision métropolitaine du fleuve et de ses rives. 

2. Un constat inquiétant 

 

1. Un paysage fragilisé, 

en grand danger car, pour réaliser des projets décidés au coup par coup, en l’absence de toute réflexion globale, la Ville de Paris et nombre de communes bordant le fleuve dans l’aire urbaine, urbanisent des sites en bord de Seine, confondant trop souvent espace libre et terrain à bâtir, convertissant des friches industrielles en opérations immobilières peu regardantes sur leur relation au fleuve, et sur la qualité urbaine et paysagère d’ensemble. Des opérations le plus souvent pensées en termes d’image, sans réflexion sur le climat urbain, ni sur la qualité de l’air et de l’eau, ni même parfois sur les risques d’inondations. 

 

2. Une population mal informée, 

inquiète et désarmée, qui a des choses à dire mais qui est désarmée face à l’opacité des politiques publiques. Une régression du débat public concernant les projets en cours, tel l’appel à projets « Réinventer la Seine », qui contribue à la confusion sur les rapports entre le fleuve et les territoires qu’il traverse. 

 

3. Une absence de vision politique du fleuve 

et de son écosystème hydrique et paysagé, des projets d’urbanisme dictés ces dernières années par les logiques d’investissement et de valorisation foncière à courte vue, comme on peut par exemple le constater avec l’évolution du site de l’Ile Seguin à Boulogne, le projet de la confluence à Ivry, ou le projet parisien du secteur Massena Bruneseau en limite d’Ivry. Le risque existe d’une dynamique de prédation : on profite de l’attractivité du fleuve pour valoriser le foncier des rives au détriment de toute réflexion sur l’écosystème, le grand paysage et la profondeur des rives, la mobilité et le fret fluvial. 

 

4. Un retard sur la prévention et l’adaptation aux risques d’inondation 

mais aussi aux autres aléas naturels ou climatiques - sécheresse, pluies et orages, pollution - qui concernent une importante portion de la population francilienne. Les populations concernées manquent d’information, une absence de solidarité est constatée entre la ville centre et les territoires en amont et en aval du fleuve. Une meilleure relation est à établir entre maitrise technique, développements humains et dynamiques naturelles. 

3. L’enjeu majeur de notre association : construire une vision partagée de la “Vallée de la Seine” à l’échelle de la Région-Métropole 

 

L’association LASPAV estime qu’il est urgent de construire une vision partagée de la “Vallée de la Seine”, à l’échelle de la Région-Métropole, avec l’ensemble des acteurs concernés par la construction métropolitaine : établissements publics de l’Etat, métropole, collectivités locales, associations et citoyens. L’enjeu de cette coproduction est d’adopter des principes soutenables d’aménagement et de les adapter aux exigences des habitants, de revaloriser les patrimoines matériels et immatériels, et d’identifier les capacités de production et les ressources propres du territoire. Pour atteindre cet objectif, auquel notre association consacrera toute son énergie dans les deux prochaines années, nous considérons indispensable de mobiliser les populations de l’ensemble des territoires concernés, et de développer leurs capacités créatives. 

 

4. Les sept principes fondamentaux que nous proposons 

 

1. Aborder le territoire du fleuve à l’échelle de la Métropole, voire de l’ensemble de sa vallée, avec des projets de requalification écologique et paysagère dans les zones naturelles, et des continuités paysagées, des requalifications d’infrastructures routières... et des projets de renaturalisation dans les zones denses. 

 

2. Considérer l’écosystème fluvial comme un patrimoine inaliénable commun, 

prenant en compte le fleuve lui-même, son écrin végétal, ses rives et leur continuité, le cadre bâti de ses quais, les ouvertures et les respirations urbaines transversales, les perspectives, ... 

 

3. Développer un droit à la rive pour tous les citoyens, 

avec la mise en place d’une démocratie délibérative vivante et d’un projet écologique et social du fleuve adapté à chaque contexte. 

 

4. Lutter contre toutes les formes de pollution de l’air et de l’eau, pollution lumineuse et sonore, réguler la circulation touristique et les activités privatives le long des berges, 

 

5. Assurer une continuité des modes actifs de déplacement (vélo et marche) sur les deux rives des fleuves, affluents et canaux de la Métropole y compris dans les zones portuaires. 

 

6. Redonner une place importante à la navigation fluviale aux échelles locales et métropolitaines des personnes et des marchandises, ainsi qu’aux loisirs nautiques, à penser au service des territoires desservis. 

 

7. Soutenir et encourager les pratiques sensibles et populaires, insuffler de l’imaginaire, valoriser le temps long du fleuve, répondre au désir de nature et d’eau, mais aussi encourager les modes informels d’appropriation du fleuve, et contester la légitimité de l’appropriation des rives du fleuve par les seuls acteurs économiques ou institutionnels. 

 

 

5. Devant l’urgence de la situation, l’association se propose de : 

 

1. Poursuivre son activité de lanceur d’alertes, 

cartographier les projets, et disposer d’une grille de lecture citoyenne de ces projets ; Evaluer les projets sur le plan écologique et social, dans leur rapport au fleuve, en fonction des opportunités qu’ils offrent et des risques qu’ils comportent, et informer les populations ; Proposer des solutions alternatives, être toujours force de proposition. 

Esquisse de parvis en balcon sur la Seine par Architecture-Studio ( 2014 ©AS) mettant en scène la Maison de la Radio, « monument historique du XXème siècle » inscrit aux MH. Le projet de « Réinventons Paris » propose au contraire de bâtir cet espace, reléguant la Maison de la Radio en second plan. 

 

2. Explorer et diffuser l’arsenal juridique existant, 

notamment le code de l’Environnement dont le caractère trop fractionné des mesures de protection envisagées et le manque de jurisprudences ne permettent pas de donner un cadrage environnemental préalable à tout projet susceptible de modifier les écosystèmes. 

 

3. Développer des partenariats avec d’autres associations mobilisées sur les questions environnementales à Paris mais aussi dans les autres villes du territoire métropolitain et d’autres villes fluviales françaises et étrangères. 

 

4. Favoriser une connaissance ludique et partagée du territoire en proposant des voyages métropolitains, des ballades fluviales ou pédestres aux habitants, élus, maîtres d’ouvrage. 

 

5. Organiser, animer et participer à des débats citoyens à Paris, dans les collectivités de la métropole, et au-delà, en partenariat avec d’autres associations et des institutions locales. 

 

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